Une décennie en accéléré
Entre janvier 2020 et avril 2026, le prix du carburant en France a vécu trois chocs majeurs et deux phases de détente. Aucun cycle comparable depuis les chocs pétroliers des années 1970.
Voici le déroulé — avec les chiffres.
Les grandes phases
Phase 1 — Covid crash (mars-juillet 2020)
Contexte : pandémie, confinement mondial, demande de pétrole qui s'effondre de 30%.
- Brent : passage de 65 $ à 20 $/baril (record historique bas, négatif sur WTI en avril 2020)
- Gazole en France : 1,15 €/L au plus bas en mai 2020
- SP95 : 1,25 €/L
C'est la seule période de la décennie où faire le plein était une bonne affaire. Peu en ont profité : les automobilistes étaient confinés.
Phase 2 — Reprise post-Covid (2021)
Contexte : demande qui rebondit plus vite que l'offre (l'OPEP+ est resté prudent).
- Brent : remontée progressive à 80 $/baril fin 2021
- Gazole : 1,55 €/L en moyenne 2021
- SP95 : 1,60 €/L
Les prix retrouvent un niveau "normal" d'avant-crise, mais sans euphorie.
Phase 3 — Choc Ukraine (février-juin 2022)
Contexte : invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022. Sanctions occidentales sur le pétrole russe. Panique sur les marchés.
- Brent : pic à 130 $/baril en mars 2022
- Gazole : 2,15 €/L au plus haut (juin 2022)
- SP95 : 2,10 €/L
- Réponse française : remise carburant de 18 cts, étendue à 30 cts, puis ristourne TotalEnergies de 20 cts additionnels. Coût budgétaire : ~8 Md€.
C'est la première fois depuis les années 1970 que le gouvernement français intervient massivement sur les prix du carburant.
Phase 4 — Stabilisation (2023-2024)
Contexte : réorganisation logistique (fin des imports russes remplacés par l'Inde, les USA, le Moyen-Orient), prudence OPEP+, demande chinoise atone.
- Brent : oscillation entre 75 $ et 95 $/baril
- Gazole : 1,75 €/L en moyenne 2024
- SP95 : 1,80 €/L
- Boucliers retirés en décembre 2022 (remise carburant), mais TICPE réduite marginalement.
Période la plus "normale" de la décennie, avec une volatilité modérée.
Phase 5 — Choc Ormuz (février-avril 2026)
Contexte : guerre Iran-USA-Israël déclenchée le 28 février 2026. Menaces sur Ormuz. Primes d'assurance maritime qui explosent.
- Brent : bond de 70 $ à 115 $/baril en un mois
- Gazole : 2,20 €/L en avril 2026, record absolu sur la période
- SP95 : 2,10 €/L
- Réponse gouvernementale : pas de bouclier universel (coût jugé trop élevé), uniquement 500 contrôles DGCCRF contre les abus de marge.
La hausse du gazole entre février et mars 2026 (+50 cts) est la plus forte jamais enregistrée depuis 1985.
Le graphique mental
En simplifiant, voici le prix moyen du gazole (€/L) par année :
2020 : 1,30 █████████████
2021 : 1,55 ███████████████▌
2022 : 1,90 ███████████████████
2023 : 1,75 █████████████████▌
2024 : 1,75 █████████████████▌
2025 : 1,80 ██████████████████
2026 : 2,20 ██████████████████████ (avril)
En 6 ans, le gazole est passé de 1,30 à 2,20 €/L — soit +69% — dans un contexte d'inflation générale d'environ +20%. Le carburant a donc perdu 49 points de pouvoir d'achat contre le reste de la consommation.
Les leçons de 6 années de chocs
1. Les prix montent vite, descendent lentement
Classique de marché. Lors du choc Ukraine, la hausse a pris 3 mois. La détente après le pic a pris 9 mois pour revenir à un niveau "normal". C'est l'effet fusée et plume.
2. Le bouclier tarifaire coûte très cher à l'État
8 milliards d'euros pour la période 2022. En 2026, Bercy refuse de répéter l'exercice — d'où la différence de sensation pour l'automobiliste : même choc qu'en 2022, mais sans filet.
3. Les prix de référence ont bougé structurellement
Avant 2020 : le plein "normal" à 1,35 €/L. En 2026 : le plein "normal" à 2,00 €/L. Une bascule de 65 cts qui reflète aussi :
- La fermeture de raffineries européennes (Grandpuits, Reichstett, Berre, Petit Couronne)
- La fin des imports russes à bas coût
- Une fiscalité qui ne baisse pas (la TICPE est stable en euros/litre mais plus lourde en pourcentage sur un prix plus élevé)
- La hausse des coûts logistiques (assurances, fret maritime)
4. L'intelligence (humaine et artificielle) paie plus que jamais
Dans un marché volatil, les gains d'optimisation sont décuplés. En 2020, comparer les stations faisait gagner 3-5 €/mois. En 2026, on parle de 15-25 €/mois pour un automobiliste lambda — simplement en choisissant la bonne station et le bon moment.
L'année à venir
Notre modèle de prédictions IA anticipe trois scénarios à 12 mois :
- Détente Ormuz (P=25%) : Brent à 85 $/baril, gazole autour de 1,90 €/L
- Statu quo (P=55%) : Brent à 100 $/baril, gazole autour de 2,10 €/L
- Aggravation (P=20%) : Brent au-dessus de 130 $/baril, gazole au-delà de 2,50 €/L
Dans tous les cas, retrouver un prix inférieur à 1,80 €/L semble peu probable avant 2028-2029.
Ce qu'il faut retenir
- On est passé d'un régime de carburant bon marché (2000-2019) à un régime de carburant stratégique et volatil depuis 2022.
- Les chocs géopolitiques deviennent la norme, pas l'exception.
- Optimiser ses pleins n'est plus accessoire : c'est un poste d'économies significatif dans un budget familial.
- Les outils comme AlertFuel, inexistants en 2020, deviennent essentiels en 2026.
Sources : data.economie.gouv.fr, INSEE, prixdubaril.com, Ministère de l'Économie (historique TICPE), Banque de France, Agence internationale de l'énergie.